15 jours dans les monts célestes au Kirghizistan

Un mois après mon voyage en Ouzbékistan, me voici de retour en Asie Centrale, au Kirghizistan, à croire que je sois tombé amoureux de cette région à la culture passionnante. Le Kirghizistan est une ex république soviétique qui a obtenu son indépendance au début des années 90, c’est un pays essentiellement composé de hautes montagnes (plusieurs sommets dépassant les 7000m) et qui pratique un islam modéré. Le pays fait figure de petite Suisse, étranglé entre deux grandes puissances à ses frontières (la Russie et la Chine) et des voisins aux relations houleuses (nombreux heurts avec l’Ouzbekistan). Après une révolution qui a mis en exil son ex-président en Biélorussie il y a 3 ans, le pays s’ouvre au tourisme et il n’y a même pas besoin de visa pour entrer. L’arrivée à l’aéroport a été des plus simples.

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En arrivant à Biсhkek, je m’attendais à retrouver la même ambiance qu’à Taсhkent en Ouzbékistan mais force est de constater que les deux pays n’ont rien de comparable. Le Kirghizistan possède une population plus homogène en grande partie aux traits mongoloides, et quelques caucasiens (russes). Les gens sont libres dans la rue, habillés de façon moderne et parfois légère, ils arpentent les parcs dans de longues promenades au soleil. Il fait bon vivre dans cette capitale plus ouverte, avec ses nombreux restaurants et cafés. La nourriture y est délicieuse et beaucoup plus variée que chez son voisin ouzbek. Pas de sureffectif de police, pas de corruption trop apparente, pas de marché noir. On se sent bien à Biсhkek.

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Pour ma part, je n’étais jamais monté sur un cheval avant d’entamer ce voyage. Avec un peu de recul on en rigole, mais le premier jour de rando est atroce. Nous sommes trempés de la tête aux pieds, et frigorifiés. En plus, nous n’avons rien vu des splendides paysages car nous étions dans une brume constante. Tout comme nous, les chevaux sont épuisés avant la fin de la journée. La nuit ne sera d’ailleurs pas d’un grand repos. La tente est humide, le terrain est en pente, nous sommes gelés sous nos duvets ! Autant dire que nous sommes d’une humeur maussade au réveil car le soleil ne fait toujours pas son apparition. Heureusement, après deux petites heures de rando le lendemain, l’astre de lumière commence à apparaitre et nous réchauffe. Le ciel se dégage et laisse apparaitre ce que l’on imaginait pas : de hautes et longues chaines de montagnes enneigées face à nous et dans notre dos. Le lac Issyk Kul se découvre et laisse apparaitre sa vaste étendue d’eau, difficile à embrasser du regard. Le midi, nous déjeunons en haut d’un pâturage à hauteur des nuages, face au lac. C’est magnifique, on se sent minuscule.

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Les trois premiers jours de la rando furent les moins monotones car nous longions le lac en montant et descendant de basses montagnes très vertes avec de nombreuses forêts (2400 – 2900m). Nous sommes arrivés jusqu’à un canyon dans une montagne ferreuse, rappelant le Colorado, avec sa pierre ocre et ses défilés étroits creusés par un minuscule ruisseau. Puis, nous avons suivi deux vallées en longeant rivières et torrents. Les paysages étaient splendides, puisque nous étions entourés de montagnes géantes rivalisant avec le Mont blanc (4000 – 5000m), mais un peu moins variés. Néanmoins, ce qui fut impressionnant, c’est la vie qui règne dans ces montagnes. Si au Népal, je me sentais perdu au cours de mon trek, ici nous suivions l’ancien tracé de la Route de la Soie. Dans ces vallées, de nombreux bergers viennent passer l’été pour faire grossir les bêtes ramassées à la ville.

On croise de nombreux troupeaux de vaches, de moutons et de chevaux composés de plusieurs centaines de têtes, s’approchant parfois même du millier. On croise et on salue d’un « salam » les cavaliers ; on nous demande d’où l’on vient, si l’on est marié, avec respect et pudeur. On nous offre un bol de Kumis sous la yourte et on nous explique comment on survit en fabriquant son pain, son beurre, son lait. Le Kumis est la boisson nationale, il s’agit de lait de jument fermenté. Le goût est indescriptible. Je ne m’attendais pas à cela en posant mes lèvres sur le bol. Rien à voir avec le lait de vache, proche de l’alcool et très acide. On goûte aussi le beurre frais, sucré et liquide. Bien sûr, ce genre de moments est bon pour partager des informations avec les bergers et notre guide pour en savoir plus sur le quotidien. On chante des chansons, et on s’aperçoit vite d’un fait étonnant : tous les grands standards sont réinterprétés (pour ne pas dire plagiés) par des artistes locaux.

Ainsi, de Rihanna à Psy en passant par 50 Cent, on aura pu entendre des versions largement revisitées en kirghize.

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Et puis, il y a aussi la vie sauvage, étonnante et magique. Je n’aurais jamais vu autant de rapaces que durant ces septs jours. On observe de nombreuses espèces de faucons, d’aigles et de vautours. Leurs voilures sont gigantesques et on a même la chance d’assister à leurs attaques parfois, serfs acérés tendus en avant vers la proie qui ne se doute pas de son triste sort. Des milliers de marmottes annoncent notre arrivée au loin d’un cri strident et disparaissent dans leur terrier, laissant parfois pointer le bout de leurs nez.

Néanmoins, avec un peu de patience on peut s’approcher de leurs trous et elles ressortiront. Les parents sont grassouillets et on comprend pourquoi certains bergers les attrapent avec de gros pièges à souris. Enfin, on aura même eu l’occasion d’entendre le cri d’un lynx. Le gros chat est trop timide pour montrer son museau, il nous aura fallu attendre d’aller au zoo de Karakol pour en voir quelques spécimens. La flore est aussi exceptionnelle avec des champs entiers de boutons d’or et de nombreuses edelweiss à plus haute altitude.

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Les deux derniers jours de la rando sont consacrés à des passages de cols. D’abord, nous établissons un camp de base au croisement de deux valées et nous faisons l’ascension aller/retour jusqu’au Juuku Pass (3633m). Le chemin est magnifique car nous croisons deux lacs d’altitudes, le premier à l’eau turquoise et le second, plus grand à l’eau verte. Puis, la verdure disparait et laisse place aux coulées de roches trahissant les glaciers. Certains rochers sont plus gros que des maisons, on se sent tout petit.

Le chemin est raide, caillouteux et dangereux. Les chevaux ont parfois un peu de peine à monter. Parfois, on croise des pièces détachées d’engins mécaniques (voitures ? bulldozers ?). J’apprendrais plus tard que ce col était clé pour le commerce et les soviets ont souvent eu recours à des engins pour dégager la route de ces rochers. Puis, après quelques heures de montées, un paysage lunaire se dévoile derrière nous. On ne reste pas longtemps en haut du col (qui ne révèle qu’un plateau face à nous, avec un lac au loin) car il s’apprête à neiger. Le lendemain, on entre dans une autre vallée après avoir passé Dungoromo pass (3773m) qui nous place face à une vaste chaine de montagnes et de glaciers encore largement enneigés. Derrière nous, on quitte les étendues vertes pour entrer dans un paysage aride.

Les torrents sont assez hauts et leurs traversées s’avèrent périlleuse mais après une longue descente on rejoint la Lada 4×4 de Rash qui nous attend en contrebas. Nous sommes content de retrouver le confort d’un lit et d’une douche. Après 7 jours, on sent le poney !

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Les jours suivants sont consacrés au repos et à des visites culturelles. Nous nous dégourdissons les jambes dans un dédale de canyon dans la Shazka Valley, au paysage rappelant les badlands de la Death Valley en Californie. Puis, nous nous baignons dans le lac Issyk Kul depuis une plage déserte. L’endroit est idyllique. L’eau est chaude et légèrement salée, permettant au lac de ne jamais geler en hiver ! Nous nous rendons aussi à Jeti Ogüz pour admirer une montagne en forme de coeur brisé. Nous rencontrons quelqu’un qui a domestiqué un aigle et nous propose de le tenir. L’animal est lourd et parait gigantesque ! On ne fait pas les malins avec lui accroché à l’avant-bras.

Nous visitons aussi la ville délabrée de Karakol et Cholpon Ata sur le chemin du retour à Biсhkek. La surprise est étonnante lorsque l’on découvre les pétroglyphes datant de plus de 3000 ans, gravés dans la roche, sur cet ancien lieu de culte. Après ce voyage, on prend conscience que ce pays regorge d’un potentiel extrêmement fort. Le Kirghizistan dispose de nombreuses ressources, sans parler du tourisme qui pourrait s’y développer au travers de ces montagnes et de ces lacs. Malheureusement les déboires de l’histoire et l’inefficacité d’un gouvernement en font un pays encore très en retard sur de nombreux aspects…

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Pour finir sur une note plus positive, ce voyage est à faire pour se sentir dépayser à 100%. L’expérience fut magnifique et je réfléchis déjà à un prochain voyage, pour me rendre jusqu’au lac Song Kul.

Copyrights: Erwan Le Nagard  on « Raconte Moi Ca » Blog

 

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